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l'hôpital Bellier au début du XXe siècle

La construction de l'hôpital Bellier est entreprise sur le terrain jouxtant la propriété d'Emile-Léon Bellier qui en suit quotidiennement l'avancement des travaux, y allant en voisin, traversant le chemin Bouvier (future rue Curie) qui sépare le chantier de son parc.

Ces travaux s'achèvent assez vite; les bâtiments réalisés comportent une partie centrale et deux ailes perpendiculaires, donnant à l'ensemble un aspect régulier et harmonieux, la façade est agrémentée de briques rouges. Devant le bâtiment, une allée centrale conduit à un jardin anglais; derrière, sont situés un petit parc et un potager. Le tout est entouré d'un mur de pierres et d'un rideau de peupliers. L'hôpital ainsi créé est implanté sur un terrain d'une surface de 6.100 mètres carrés. Il peut accueillir trente malades en chirurgie, plus huit dans un pavillon de contagieux isolé en arrière du bâtiment central, au fond du parc.

La donation d'E.L Bellier a été faite au département dans le but d'hospitaliser en priorité les habitants du canton de Carquefou (rattaché à Nantes en 1908) dont Doulon fait partie. Le conseil de préfecture en est saisi le 8 avril 1902 et accepte le legs dans sa séance du 22 avril 1903, après avoir pris l'avis des maires de Doulon, Sainte-Luce, Mauves, Thouaré, Carquefou... L'acte de donation date du 26 février 1902. Parmi les quatre points de l'acte, le plus important, la "condition essentielle" imposée par Bellier, est "la destination d'hôpital cantonal" où les malades du canton de Carquefou seront traités conformément à la loi du 15 juillet 1893 sur l'assistance médicale, l'administration étant confiée à une commission de surveillance (commission administrative), présidée es-qualité par le préfet (représenté par le conseiller du canton).

Le don est estimé à plus de 200.000 francs de l'époque; il est complété par un autre don de 38.000 francs destiné à l'équipement (meubles, linge, literie, matériel médical et chirurgical), et par un troisième don de 2.000 francs destiné à assurer la fonction destiné à assurer le fonctionnement de l'établissement pendant les premiers mois.

Le préfet fait connaître à Bellier qu'"aucun décret de reconnaissance comme établissement public ne serait pris... aucune loi ne prévoyant la création d'hôpitaux cantonaux ou départementaux". De ce fait, le règlement intérieur ne prévoit pas de budget autonome, mais une budgétisation par le conseil de préfecture.

Le 1er février 1904, l'hôpital Bellier ouvre ses portes.

l'hôpital traverse deux guerres

Le corps médical se compose d'un médecin et d'un médecin-adjoint, d'un chirurgien et d'un chirurgien-adjoint, d'un radiologue, de deux spécialistes consultants (ORL et ophtalmologiste), assistés d'un interne et selon le vœu du donateur, de sœurs franciscaines de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Le docteur Labeyrie en est la cheville ouvrière; ce dernier, d'une certaine génération médicale, exerce en même temps médecine et chirurgie. Son activité intense et ses grandes qualités professionnelles sont à l'origine d'un accroissement progressif de la fréquentation et de l'excellente réputation de l'hôpital. La guerre 1914-1918 entraîne une activité médico-chirurgicale accrue pour le docteur Labeyrie qui doit pallier le départ des autres praticiens pour le front: épuisé, il doit quitter ses fonctions en 1921. Une réorganisation du personnel médical est alors réalisée, avec la mise en place de la "grande équipe de l'internat nantais": les docteurs Lucas, médecin, Ertaud, chirurgien, Mauger, ophtalmologiste, qui assureront la renommée grandissante de l'hôpital, avec augmentation constante de sa fréquentation (plus de 600 malades par an à partir de 1935).

La "drôle de guerre" voit en 1939 la mobilisation perturber le service médical, malgré le retour du docteur Lucas, rendu à la vie civile à cause de son âge. L'activité hospitalière cache des actes de résistances (évasion de jeunes requis par le service du travail obligatoire). Les 16 et 23 septembre 1943, l'hôpital Bellier, peut être protégé par la croix rouge peinte sur son toit, est épargné et reçoit un afflux de blessés qui seront ensuite dirigés vers d'autres hôpitaux. A la fin de ce même mois et devant les risques, le préfet ordonne l'évacuation et la fermeture de l'hôpital. Le personnel médical et infirmier, le matériel, sont répartis à Vertou et au Gâvre. Seul reste un poste de secours dirigé par le docteur Lucas.

Le 24 mai 1944, veille de la Pentecôte, l'Hôpital Bellier est presqu'entièrement détruit par un intense bombardement qui fait quatre-vingt victimes dans le quartier. Les ruines ne sont déblayées que progressivement et, après la Libération en août 1945, les discussions commencent sur l'opportunité de reconstruire ou non l'établissement. Des locaux provisoires sont aménagés dans une ancienne fabrique voisine et dans des baraquements, pour créer trente lits d'hospitalisation et un bloc opératoire.

restauration et reconstruction en 1950

Ceux-ci sont ouverts le 7 juin 1946 et voient d'emblée une importante fréquentation, ce qui conforte l'idée d'une reconstruction définitive pour laquelle la municipalité de Nantes, indirectement intéressée, venait d'émettre un vœu favorable le 27 juillet 1945.

Finalement, le 26 février 1949, le conseil général, qui a fini par prendre la décision de reconstruire, "inaugure" les travaux de restauration et de reconstruction. Le 12 juin 1950, le préfet Lahillonne, le président du conseil général Abel Durand, président à la réouverture officielle de cet "enfant chéri du conseil général"! Cette mise en service, même avec un nombre de lits modeste (une trentaine), est d'autant mieux accueillie que la capacité hospitalière de Nantes est tombée, après les bombardements, au 81e rang des départements français!

L'équipe médicale d'avant-guerre reprend son activité durant quelques années puis, atteinte par la limite d'âge, laisse la place à d'autres médecins détachés du centre hospitalier régional à la suite d'un premier accord. C'est ainsi que les docteurs Breger et Horeau en chirurgie, le docteur Dauphin en médecine, pour ne citer qu'eux, prennent la relève et contribuent à maintenir la solide réputation de l'établissement. En 1961, l'hôpital Bellier devient par décret hôpital public.

Et les années s'écoulent, la population augmente, en particulier celle des personnes âgées, ce qui conduit les autorités sanitaires à réviser la carte de l'hospitalisation nantaise.

C'est ainsi que l'hôpital Bellier se voit confier en 2002 un "pôle d'expertise gérontologique" dans le cadre d'un partenariat avec le centre hospitalo-universitaire. Cela entraîne de profondes transformations: création d'une centaine de lits d'hospitalisation, de services spécialisés, de locaux de consultations, le tout nécessitant une haute qualité technique. Il est prévu d'y regrouper la direction des différents services de gériatrie du Centre hospitalier universitaire. Dans le projet d'établissement 2003-2007 du CHU, l'hôpital Bellier a donc vocation à devenir le pôle majeur de la prise en charge des personnes âgées de la région nantaise*.

Raymond Lebeaupin,
Les Annales de Nantes, revue de la société académique de Nantes et de la Loire Atlantique,  deuxième trimestre 2003, n°288 : Article p 13, 14, 15.

centre ambulatoire nantais de gérontologie clinique*Depuis 2010, l'hôpital Bellier fait partie intégrante du CHU de Nantes. Il accueille désormais, dans un nouveau bâtiment (photo ci-contre) le centre ambulatoire nantais de gérontologie clinique.




publié le 30 novembre 2016

par Pascale Wester - direction de l'attractivité, de la communication et des affaires générales


contacts

association d'histoire des hôpitaux et du patrimoine santé de Nantes (AHHPSN)
maison des associations
hôpital Saint-Jacques
85 rue Saint-Jacques
44093 - Nantes Cedex 1

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voir aussi

Luc Aspaul, Une page d'histoire nantaise : l'hôpital Bellier, Br21 pages. Imprimerie de Bretagne. 1964.

L'hôpital Bellier: une histoire de souffrance et de dévouement, magazine municipal Nantes au quotidien