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CP - Addiction aux jeux d’argent : le CHU de Nantes explore la piste de la psilocybine pour renforcer la psychothérapie
le 9 octobre 2026
Addiction aux jeux d’argent : le CHU de Nantes explore la piste de la psilocybine pour renforcer la psychothérapie
Le CHU de Nantes vient de lancer Passenger, une étude pilote qui évalue la faisabilité d’une psychothérapie assistée par la psilocybine chez des patients souffrant d’addiction aux jeux d’argent. Trente patients participeront à ce projet de recherche qui explore une nouvelle voie thérapeutique pour un trouble marqué par des rechutes fréquentes et pour lequel aucun médicament n’est aujourd’hui recommandé.
Jeux de casino, paris sportifs, poker, jeux en ligne… Lorsqu’elle devient incontrôlable et se poursuit malgré ses conséquences personnelles, sociales ou financières, la pratique des jeux d’argent peut devenir une véritable addiction. Si la psychothérapie constitue aujourd’hui le coeur de la prise en charge, les patients restent confrontés à un risque important de rechute. Il n’existe par ailleurs actuellement aucun traitement médicamenteux recommandé ciblant spécifiquement l’addiction aux jeux d’argent. C’est dans ce contexte que le CHU de Nantes a lancé, le 18 septembre 2026, Passenger, une étude clinique pilote portant sur 30 patients.
Les chercheurs du CHU de Nantes et de Nantes Université ont évalué une méthode inédite pour encourager la réduction ou l'arrêt des traitements devenus superflus (déprescription), sans altérer la qualité de vie des patients.
Une psychothérapie « augmentée » par la psilocybine
L’objectif de Passenger est d’évaluer la faisabilité d’une psychothérapie assistée par la psilocybine, le principe actif de certains champignons hallucinogènes.
Cette substance fait déjà l’objet de travaux scientifiques dans plusieurs domaines, notamment la dépression résistante ou certaines addictions à des substances comme l’alcool et le tabac. L’équipe nantaise souhaite désormais explorer son utilisation dans le champ des addictions comportementales.
Chaque participant suivra un programme d’environ trois mois comprenant dix séances : quatre séances de thérapie comportementale et cognitive et deux cycles associant préparation, administration de psilocybine et séance d’intégration. L’hypothèse explorée est celle d’une « psychothérapie augmentée » : la psilocybine pourrait faciliter et approfondir le travail réalisé avec le patient au cours de la psychothérapie.
« L’objectif n’est pas de substituer une substance à la psychothérapie, mais d’étudier si la psilocybine peut créer, dans un cadre médical contrôlé, des conditions favorables au travail psychothérapeutique. Passenger constitue une première étape : nous devons d’abord démontrer que cette approche est réalisable chez des patients souffrant d’addiction aux jeux d’argent. »
Dr Benoît Schreck, psychiatre au CHU de Nantes
Le CHU de Nantes mène depuis près de vingt ans des travaux sur les addictions comportementales : jeux d’argent, jeux vidéo mais également comportements sexuels compulsifs et troubles des conduites alimentaires. Cette expertise s’appuie notamment sur la cohorte Evaladd, créée en 2009, qui a déjà inclus près de 2 800 patients.
« Notre équipe pluridisciplinaire travaille sur les addictions comportementales depuis 20 ans. Son expertise est aujourd’hui reconnue et nous sommes régulièrement sollicités pour la partager. »
Pr Marie Grall-Bronnec, psychiatre au CHU de Nantes
Zoom sur Evaladd, une cohorte pour mieux comprendre l'évolution des addictions
Créée en 2009, la cohorte Evaladd est unique en France. Elle permet d’évaluer les patients qui débutent une prise en charge pour une addiction comportementale au CHU et de suivre leur évolution, d’année en année, même si les soins ont été interrompus. Près de 2 800 patients ont été inclus et 5 000 visites de suivi ont été réalisées. Les données de la cohorte ont donné lieu à de nombreuses publications. Elles servent également à d’autres travaux de recherche, par exemple, en identifiant des patients pouvant participer à des essais cliniques comme Passenger. Enfin, elles contribuent à répondre à des questionnements d’institutions telles que l’ANJ*, la Mildeca* ou l’OMS*. Ainsi, en 2025, les données ont été mobilisées pour répondre à une demande de l’ANJ sur la santé mentale des jeunes joueurs. Evaladd va désormais changer d’échelle : la cohorte va devenir multicentrique, avec une ouverture au CHU de Brest d’ici à la fin de l’année, puis progressivement à d’autres centres.
*Autorité nationale des jeux ; Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives ; Organisation mondiale de la santé.
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