Mutilations génitales féminines : des réponses à vos questions

Publié le 16 février 2026 Mis à jour le 16 février 2026

Le 10 février 2026, Ouest-France a donné la parole au Dr Solène Vigoureux, gynécologue-obstétricienne et chirurgienne au CHU de Nantes (service de chirurgie gynécologique), pour répondre aux questions des lecteurs et lectrices au sujet des mutilations sexuelles féminines. Découvrez ses réponses ci-dessous, également disponibles dans cet article.
 

Quelles sont les incidences psychologiques de ces pratiques ?

Les conséquences psychologiques peuvent être multiples selon également les autres violences subies par ces femmes. Il peut y avoir du stress post-traumatique important, des troubles anxieux et dépressifs, des difficultés avec l’estime de soi.

En quelle année, la reconstruction du clitoris a-t-elle été inscrite parmi les actes médicaux ? Est-elle pratiquée dans tous les hôpitaux de France ?

Cet acte est noté depuis 2006 et donne accès à un remboursement en France.

Quelles sont les conséquences sur la santé ?

Les conséquences sur la santé sont multiples et vont varier selon le type de mutilation génitale féminine (MGF) : médicales avec des douleurs chroniques, des difficultés pour uriner, des douleurs pendant les règles, des difficultés pour l’accouchement. Chaque femme a son histoire et son vécu. Certaines femmes souhaitent que l’excision soit reconnue et nommée, ne déclarent pas de complications et n’ont pas de demandes.

Une mutilation génitale féminine peut-elle entraîner un handicap ?

Si l’on reprend la définition du handicap : « Limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société due à une altération des capacités sensorielles, physiques, mentales, cognitives ou psychiques. » En effet, les mutilations génitales féminines peuvent créer des handicaps forts avec une altération des capacités sensorielles, physiques, mentales, cognitives ou psychiques. En majorité, les femmes vont nous rapporter des difficultés sexuelles (entre 70 et 90 %) et des répercussions génitales.

Président de l'association Accueil migrants sans frontière (AMSF) Nantes Sud, où devons-nous envoyer les personnes soumises à cette situation pour étudier une possibilité de réparation ?

L’unité dédiée aux femmes présentant une mutilation génitale féminine (MGF) au CHU de Nantes accueille toutes les femmes pour une évaluation et une prise en charge. Cliquez ici pour avoir plus d’informations sur notre unité de prise en charge. Vous pouvez également nous envoyer un mail à bp-sos-excision@chu-nantes.fr

Pourquoi dit-on qu'une jeune fille est à risque ? Quelles sont les statistiques ?

Une fille de femme excisée est à risque d’excision. Environ 11 % des filles de femmes excisées subissent également une mutilation sexuelle. Ce risque est particulièrement important si la jeune fille est dans le même lieu où sa mère s’est fait exciser. Lors d’un parcours migratoire, ce risque diminue sauf si la jeune fille doit rentrer au pays. On sait que les risques diffèrent selon le niveau d’éducation de la famille et de la mère, si la mère et l’ensemble des femmes de la famille ont été excisés, le fait que la tradition soit très fortement suivie dans la famille, que les complications médicales soient méconnues ou négligées dans la famille… Le pays d’origine est variablement à risque : par exemple en Guinée Conakry, le risque est estimé à près de 97 %, au Mali à 85 %, en Côte d'Ivoire à 38 %, au Togo à 5 % et au Cameroun à 1 %.

Est-ce qu'on peut espérer, un jour, un arrêt de cette pratique ?

 La prévention sur les mutilations génitales féminines (MGF) est une lutte globale contre les violences sexuelles et sexistes. L’éducation permet de faire reculer les violences. Malheureusement, ces dernières années, il a plutôt été mis en évidence une augmentation des MGF dans le monde (plus de 15 % en presque 10 ans selon l’OMS).

Une mutilation est-elle réversible ?

Les deux formes les plus fréquentes de mutilations génitales féminines (MGF) sont l’excision (avec ablation du clitoris et des petites lèvres) et l’infibulation (excision complétée par la fermeture quasi-complète de l’orifice vulvaire). Ces mutilations ne sont pas réversibles spontanément. Si les patientes le souhaitent et avec un soutien multidisciplinaire (sexologue et psychologue) pour aider la patiente à se reconstruire globalement (anatomie avec la chirurgie, corps et fonction sexuelle avec les sexologues, et tête avec les psychologues), il est possible de réparer ou reconstruire certaines partie génitale. Dans l'infibulation, il est possible d'ouvrir l'orifice vulvaire et vaginal et parfois de découvrir s'il n'y a pas eu de lésion du gland clitoridien et de capuchon. Dans l'excision, il est possible d'aller chercher le gland clitoridien enfoui sous la peau pour le faire ressortir et recréer un néogland.

Une reconstruction est-elle possible ? Par exemple du clitoris ? Si oui, est-ce qu'après une reconstruction du clitoris, on peut retrouver toutes ses sensations ?

La reconstruction est globale, elle passe par une prise en charge multidisciplinaire. En effet, on pense souvent à la reconstruction chirurgicale qui consiste à faire ressortir le clitoris enfoui et l’amener à la peau mais cette reconstruction physique n’est possible que s’il existe une reconstruction accompagnée par une prise en charge psychique et sexologique permettant de se sentir aussi bien dans son corps. Il est difficile de comparer à avant car les MGF sont souvent faîtes très tôt (nouveau-né, 3 ans, 7 ans, 11 ans) et donc les sensations clitoridiennes après reconstruction ne peuvent être comparées à « avant ».

Des services dédiés existent-ils au sein de tous les centres hospitaliers français ?

Non, tous les hôpitaux français n’ont pas d’unité dédiée de prise en charge des mutilations génitales féminines car il est souvent nécessaire d’avoir une équipe multidisciplinaire pour pouvoir répondre aux besoins et demandes des femmes avec des sexologues, des psychologues, des gynécologues, des chirurgiens formés à la technique, et parfois d’autres professionnels (victimologue, psychiatre, anthropologue…). Par ailleurs, il est essentiel de pouvoir fonctionner en équipe et de pouvoir accueillir convenablement ces femmes dans des unités habituées avec notamment des secrétaires formées. Les unités de prise en charge des violences faites aux femmes ou maison des femmes ont souvent des unités dédiées à cette prise en charge spécifique.

Est-ce que la circoncision est une forme de mutilation génitale ?

Selon les pays, certaines femmes parlent de circoncision pour les mutilations génitales féminines (MGF). Pour la circoncision masculine avec mutilation du prépuce, il est difficile de comparer car les conséquences médicales, psychologiques et sexuelles ne sont pas équivalentes. En revanche, les deux mutilations sont justifiées pour raisons hygiéniques et traditionnelles et sans le consentement des personnes. Il existe de plus en plus de littérature sur les conséquences médicales et sexuelles de la circoncision masculine.

Certaines mutilations sexuelles féminines sont-elles encore pratiquées en France ?

Il ne semble pas que les MGF soient encore pratiquées en France. Les peines prévues pour l’auteur d’une mutilation et pour le(s) responsable(s) de l’enfant mutilée sont définies par le Code pénal :

  • Les violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente sont punies par 10 ans d’emprisonnement et 15 000 € d’amende (article 222-9) ;
  • Si la mutilation est commise sur une mineure de moins de 15 ans par un ascendant légitime, naturel, adoptif, ou par toute autre personne ayant autorité sur la mineure, la peine encourue est de 20 ans de réclusion criminelle (article 222-10).

C’est ainsi que de nombreux parents et des « exciseuses » ont été condamnés en Cour d’assises à des peines d’emprisonnement. Une action en justice peut être engagée 20 ans après la majorité de la victime, c’est-à-dire jusqu’à ses 38 ans.

Combien de femmes accueillez-vous par mois ou par an dans votre unité dédiée de prise en charge ?

Au CHU de Nantes, dans l’unité de prise en charge des mutilations génitales féminines, nous accueillons environ 5 nouvelles femmes par semaine, soit environ 20 par mois. La première prise de contact se fait le plus souvent par une réunion d’accueil libre qui a lieu tous les derniers vendredis du mois de 14 h à 15 h 30. Ensuite, les femmes peuvent prendre un rendez-vous individuel pour évaluer leur besoin. Parfois, seul le premier rendez-vous est nécessaire. Et parfois, nous proposons un suivi des femmes plus long. Nous proposons également des ateliers en groupe sur des thématiques autour de la santé sexuelle animée par une sexologue et une psychologue. En moyenne, les femmes intégrant le parcours de prise en charge vont avoir quatre consultations avec la sexologue.

Pouvez-vous préciser quelques exemples de raisons socio culturelles à la mutilation génitale féminine ?

Les raisons des mutilations génitales sont complexes et très anciennes parfois. La raison principale est la répression de la sexualité des femmes par les hommes justifiée par la tradition. Aucune religion ne justifie ces actes en revanche. Mais il est vrai que lorsque les religions sont plus radicales, extrémistes, et suivies dans les lieux où sont pratiquées les mutilations génitales, celles-ci sont plus suivies. Dans certaines croyances, les femmes mutilées sexuellement sont totalement pures pour s’adonner à la prière et les replis du sexe non excisé d’une femme empêchent des ablutions correctes avant de faire la prière.

D’autres pensent que le clitoris non-coupé grandirait jusqu’à atteindre des dimensions équivalentes à celle du pénis d’un homme, qu’il peut gêner ensuite, que le clitoris est impropre, que ce dernier est dangereux lors des rapports sexuels ou lors de l’accouchement.

Certaines cultures estiment que le sexe non excisé d’une femme est laid, et que c’est pour rendre les femmes plus belles et désirables qu’on les excise ou on les infibule. Pour certains, les mutilations génitales féminines (MGF) sont des rites initiatiques car la petite fille doit montrer son courage et sa résistance à la douleur pour être une femme qui pourra ensuite enfanter et représenter une bonne mère et épouse. Pour d’autres encore, le clitoris est un organe mâle chez la femme, et le prépuce un organe femelle chez l’homme. Il faut donc mutiler pour que la petite fille accède au statut de femme et que le petit garçon accède au statut d’homme.

Cette idée d’un rite de passage s’avère de plus en plus obsolète car on observe depuis plusieurs années que les MGF se pratiquent sur des fillettes de plus en plus jeunes, et souvent sur des nourrissons, en l’absence de fête ou rite initiatique. Pour beaucoup, les mutilations sexuelles sont un marquage corporel faisant appartenir les femmes à la communauté : « Nos ancêtres le faisaient, nous devons continuer à le faire… ».

Selon les mères, la fille ne trouvera pas d’époux plus tard si elle n’est pas excisée. Autrement dit, pour ces femmes, l’excision de leur fille est un sacrifice nécessaire pour qu’elle puisse épouser un homme de sa communauté. Enfin, nombreux affirment qu’une femme non excisée va trahir : ils craignent qu’elle ne soit pas vierge jusqu’au mariage, trompe son mari, etc. En résumé, une femme non « coupée » aurait un appétit sexuel trop débordant. Et les MGF seraient un outil de contrôle social de la sexualité féminine.

Quels pays pratiquent encore les mutilations génitales féminines ? Malgré l'interdiction de cette pratique par de nombreux pays, est-ce que le nombre de femmes victimes de cette pratique est en hausse ? ou au contraire, en baisse ?

Plus de 230 millions de filles et de femmes vivantes aujourd’hui ont subi des mutilations génitales féminines (MGF) dans 30 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie où les MGF sont pratiquées. Les dernières estimations mondiales révèlent une hausse de 15 % du nombre total de femmes ayant survécu aux mutilations génitales féminines par rapport aux chiffres de 2016. La majorité des cas se concentre sur le continent africain, avec 144 millions de cas recensés, suivi par l’Asie avec 80 millions de cas et le Moyen-Orient avec 6 millions. Les autres cas sont estimés dans des petites communautés pratiquantes et dans des pays de migration ailleurs dans le monde. Ainsi, la moitié des femmes et fillettes mutilées dans le monde résident dans trois pays seulement : l’Indonésie, l’Éthiopie et l’Égypte, dont les populations comptent respectivement 256 millions, 98 millions et 89 millions d’habitants, et où les taux de prévalence de la pratique sont respectivement estimés à 51 %, 74 % et 92 %, selon les derniers chiffres. En France, les dernières estimations retrouvent 130 000 femmes mutilées sur le territoire français. On retrouve un niveau « élevé » en Seine-Saint-Denis avec environ 7,2 % de femmes excisées ; un niveau moyen dans le Rhône avec 1 % ; un niveau faible dans les Alpes-Maritimes avec environ 0,7 % de femmes excisées.

Comment accompagne-t-on des fillettes et des femmes victimes de mutilations sexuelles féminines ou de mutilations génitales féminines ?

Les accompagnements dépendent des demandes des femmes ayant subi des MGF et donc de leurs conséquences. Il est important de référer les femmes et enfants vers des unités référentes de mutilations pour être pris en charge par des médecins, sages-femmes, sexologues, psychologues et gynécologues chirurgiens. Les accompagnements doivent être multidisciplinaires et doivent répondre aux demandes des patientes selon leurs symptômes. Certaines femmes vont avoir des demandes de prise en charge autour des douleurs, d’autres autour d’une plainte sexuelle, d’autres autour d’un trouble secondaire à un stress post-traumatique. D’autres femmes ne vont avoir aucune demande.

Quand une mutilation génitale est complète, elle empêche complètement tout rapport sexuel ? Pour quelle raison spécifique font-ils vivre cela à leurs enfants ?

La mutilation génitale féminine (MGF) « complète » est l’infibulation ou MGF de type 3 décrite par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ce type de mutilation obture le vagin avec accolement ou suture des petites ou grandes lèvres entre elles. En effet, elle rend les rapports avec pénétration vaginale très difficile et douloureux pour les femmes. Elle crée aussi des douleurs, des difficultés mictionnelles ou des difficultés d’écoulement des règles. Les raisons des mutilations génitales sont complexes et très anciennes parfois. La raison principale est la répression de la sexualité des femmes par les hommes justifiée par la tradition. Aucune religion ne justifie ces actes en revanche mais il est vrai que lorsque les religions sont plus radicales, extrémistes et suivies dans les lieux où sont pratiquées les mutilations génitales, celles-ci sont plus suivies.