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Obésité : causes, traitements, accompagnement… Deux médecins répondent à vos questions
A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’obésité qui s'est tenue le 4 mars 2026, Pr Claire Blanchard-Louis et Dr Marie de Montrichard, spécialistes en chirurgie cancérologique, digestive et endocrinienne au CHU de Nantes, ont répondu aux questions des lecteurs de Ouest-France. Retrouvez leurs réponses ci-dessous.
Avoir le foie gras est-il un symptôme de l'obésité ? Quoi faire pour maigrir avec un foie gras ?
Effectivement, avoir un foie gras est un des symptômes de la maladie. Il s’agit de la stéatose hépatique qui peut évoluer vers une cirrhose. Aujourd’hui, il s’agit de la première cause de cirrhose dans les pays développés. Pour améliorer celui-ci, le traitement est au minimum une perte de 10 % de son poids. Aujourd’hui, les traitements de la NASH sont peu efficaces. Seule la perte de poids par rééquilibrage alimentaire, médicaments types analogues GLP-1 et chirurgie bariatrique, permettent de l’améliorer.
L'obésité étant génétique, y a-t-il des études qui portent sur des traitements « génétiques » : thérapie génique, activation de gènes...
L’obésité n’est pas due le plus souvent à un seul gène (hors maladie génétique type le syndrome de Prader- Willi mais associée à d’autres pathologies ou étiologies rares). Il existe aujourd’hui une seule maladie génétique traitée due aux mutations du gène MC4R. L’obésité d’origine génétique est une obésité apparaissant avant 5 ans et le plus souvent associé à d’autres signes : retard de développement, déficience intellectuelle, etc. L’obésité à l’âge adulte peut être d’origine polygénétique (qui résulte de multiples facteurs ou origines diverses) et qui rend le patient sensible à l’environnement. Il n’existe pas de traitement pour celle-ci. La recherche est toujours en cours pour permettre une prise en charge.
Je suis en surpoids depuis que je n'ai plus de thyroïde, en 2021. Je suis en hypothyroïdie. Je sais que mes quantités sont trop importantes mais mes repas sont équilibrés. Je ne grignote pas. Je fais trois repas par jour. Je fais du sport trois fois par semaine. Je commence à avoir des problèmes de santé à cause de mon surpoids. Que faire ?
Dans un premier temps, il faut vous rapprocher d’un service d’endocrinologie.
Depuis six mois, je suis le programme « Comme j'aime ». Après une perte de poids au bout de quelques semaines, il y a stabilisation depuis un mois. Je suis toujours obèse. Que faire pour poursuivre la perte de poids ?
Il faut vous adresser à un endocrinologue nutritionniste et maintenir une activité physique régulière.
Bonbons, gâteaux quasi-exceptionnels à la maison, très peu de produits transformés, menus équilibrés. Malgré tout, ma fille de 23 ans est en situation d'obésité depuis qu'elle est partie de la maison, 15 à 20 kg pris dès la première année. Je sais qu'elle s'est mal nourri, mais elle a un petit appétit. Si le corps a une mémoire, arrivera-t-elle à perdre du poids de façon durable ou devra-t-elle se battre constamment ?
Pour une perte durable, il faut qu’elle commence un suivi rapidement après le début de la prise de poids avec la mise en place d’une structuration équilibrée et de l’activité physique régulière. Le risque étant que les kilos s’installent de manière durable.
Je suis en surpoids et je n’arrive pas à perdre. J’ai un traitement Levothyrox, Utrogestan et Oestrodiose. Suis-je une cause perdue ?
Pour vous répondre, non, il y a toujours une solution, rassurez-vous. Rapprochez-vous d’un Centre spécialisé en obésité (CSO) afin qu’une prise en charge personnalisée vous soit proposée.
Quel est le pourcentage de patients traités aux analogues du GLP-1 (utilisés dans la prise en charge de l'obésité) qui abandonnent le traitement après 1 an ? 5 ans ?
Il est impossible de vous donner une réponse car nous n’avons pas encore assez de recul sur le suivi à long terme.
J'ai lu un article qui indiquait que des traitements analogues du GLP-1 (liraglutide, semaglutide...) feraient l'objet de récentes recommandations publiées le 25/11/25 par le Groupe de Concertation et de Coordination des Centres Spécialisés de l’Obésité (GCC-CSO) et le réseau FORCE (réseau national de recherche clinique spécialisé dans la nutrition). Puis-je en savoir plus ? Est-ce mis en place ? Quels sont les critères pour y avoir accès ? Peut-on en parler d'ores et déjà à notre médecin généraliste ? Quels sont les démarches pour y avoir accès ?
Effectivement, un article en ligne est à disposition avec la prise en charge des GCC-CSO. Ils regroupent la position des experts pour la bonne prescription et le suivi des patients sous analogues de GLP-1. Tous les médecins peuvent le prescrire. Il faut avoir un IMC supérieur à 27kg/M2 avec une comorbidité en lien avec l’obésité ou un IMC supérieur à 30. Il faut avoir mis en place un suivi diététique auparavant et n’avoir pas de contre-indication à ces médicaments. Vous pouvez en parler à votre médecin généraliste qui peut vous les prescrire et demander, par la suite, un suivi prolongé. Ceux-ci ne sont pas remboursés aujourd'hui par la Sécurité sociale et le coût varie entre 200 à 450 € par mois. Il ne faut pas les arrêter au vu du risque de reprise complète de poids.
A-t-on un recul suffisant sur les éventuels effets nocifs des nouveaux médicaments anti-obésité (type Ozempic) ? Et que penser des conclusions des études menées par des chercheurs britanniques, publiées récemment, qui montreraient que la reprise de poids après l’arrêt du traitement serait très rapide ?
Oui, nous commençons à avoir du recul. Le traitement est efficace mais nécessite une prise à vie. En cas d’arrêt, on assiste à une reprise de poids.
Comment perdre du poids après 70 ans ?
La perte de poids après 70 ans est plus difficile. Un suivi nutritionnel reste impératif associé à une activité physique régulière (minimum 30 minutes de marche par jour).
L’Ozempic sera-t-il remboursé par la CPAM ? J'ai un IMC à 42 mais je ne veux pas de la chirurgie bariatrique que le service spécialisé de l'hôpital me présente comme la seule solution pour moi, faute d'avoir les moyens pour les injections.
Vous n’êtes pas le seul à vous poser cette question. Effectivement, aujourd’hui, l’Ozempic n’est pas remboursé par l’Assurance maladie. Peut-être à l’avenir. La chirurgie est le traitement de référence, c’est pour cette raison qu’elle vous est proposée.
Comment continuer à sortir alors que le corps souffre ainsi que le mental (douleur, remarques désobligeantes des autres) ?
Une prise en charge psychologique est nécessaire. Il est important de traiter cette maladie avec un suivi pluridisciplinaire (endocrinologue, nutritionniste, psychologues, etc.).
Pourquoi malgré une alimentation équilibrée le poids continue-t-il de monter ?
Parfois d’autres facteurs sont responsables de cette maladie comme une maladie hormonale ou une prédisposition génétique. Une prise en charge pluridisciplinaire est nécessaire (rééducateurs physiques, endocrinologue, psychologue, etc.).
Quid de l'addiction et de la dépendance aux glucides ?
Oui, cette addiction existe, et c’est pour cela qu’une préparation endocrino-nutritionnelle et une préparation psychologique en parallèle sont primordiales.
Peut-on être suivi au CHU pour obésité même si on n'est pas prêt pour une opération ? Je fais 130 kg pour 1m62.
Tout à fait, il faut vous tourner vers un service d'endocrinologie et de nutrition.
Quelles sont les contre-indications à un traitement médicamenteux de l'obésité ?
Effectivement, il existe des contre-indications comme le cancer de la thyroïde, les néoplasies endocriniennes, une grossesse, les pancréatites ou problèmes liés aux calculs dans la vésicule biliaire, et les problèmes rénaux.
J'ai une hypothyroïdie depuis 6 ans, ainsi que de l'hypertension. Je fais de l'apnée du sommeil depuis 2 ans. À cause de tout ça, j'ai 25 kilos en trop sur ma balance et aucun réel conseil ou aide pour m'aider. Je ne comprends plus mon corps. Que pouvez-vous me conseiller ?
Je vous invite à consulter dans un Centre spécialisé de l’obésité (CSO) qui permettra de faire un bilan complet et multidisciplinaire pour une meilleure prise en charge.
Avec plusieurs pathologies (myélome multiple, apnée du sommeil, thyroïdectomie pour goitre multinodulaire bénin...), est-il possible de se faire opérer ? J'ai 68 ans, je pèse 115 kg pour 1m80.
Aujourd'hui, vous êtes dans les critères pour une intervention chirurgicale. L'âge limite est de 70 ans pour une intervention car les risques, notamment de fonte musculaire, ne sont pas en faveur de la chirurgie. Je vous invite à vous rapprocher d'un centre de prise en charge de l'obésité près de chez vous.
Le laser appliqué au niveau de l'oreille, pour réduire sa dépendance au sucre soi-disant, est-il efficace pour maigrir ?
Cette méthode est non évaluée de manière scientifique et n’a pas, aujourd’hui, apporté de preuves de son efficacité.
Depuis le mois d'octobre, j'ai entamé un régime en baissant mon nombre de calories et en pratiquant 45 mn de marche par jour. J'ai perdu 6 kilos mais depuis deux mois je n'arrive plus à perdre. Je suis démoralisée. Je voudrais en perdre encore 6, que dois-je faire ? Dois-je consulter ?
Aujourd’hui, il n’est pas recommandé de réaliser de régime hypocalorique car à la reprise alimentaire, il existe de manière presque systématique une reprise de poids, voir plus. C’est ce qu’on appelle l’effet yo-yo (un processus qui décrit la perte de poids rapide, mais qui entraîne une reprise de poids elle aussi rapide, voire plus importante que par rapport au niveau de départ). Chaque patient doit être suivi par un professionnel pour une perte de poids durable : nutritionniste, diététicienne, etc.
Pourquoi le délai de prise en charge via un endocrinologue nutritionnel est-il si important ?
Car c’est une maladie complexe. Il faut rechercher une cause endocrinologique sous jacente (SOPK, ménopause…), éliminer une complication de cette obésité (diabète, stéatose hépatique…), pouvoir avoir accès à un traitement si besoin (exemple : analogue du GLP-1) et à un suivi nutritionnel.
Je m’inquiète pour un de mes petits fils âgé de 11 ans bientôt qui est déjà en surpoids. Comment l’aider sans tout polariser sur cette question ? Quels conseils peut-il entendre à son âge encore une fois sans le culpabiliser ?
Bien sûr, dès le plus jeune âge, il est impératif de prévenir et guérir. Dans un premier temps, il existe des structures qui proposent des parcours pour éducation. Il s’agit d’une vraie prise en charge pluri disciplinaire proposée pour les mineurs (nutritionnistes, diététiciens, psychologues etc.) et il est très important à cet âge d’avoir une activité physique très régulière et de lutter contre la sédentarité.
Je n'arrive pas à perdre du poids. Vers qui me tourner dans un premier temps ? Que dois-je faire en priorité ?
Dans un premier temps, il faut vous tourner vers un endocrinologue-nutritionniste.
Pourquoi les études portent sur la chirurgie bariatrique plutôt que sur la guérison de cette maladie non reconnue ? La greffe fécale est-elle prometteuse ? J'ai peur de reprendre les 20 kilos perdus en 10 mois de traitement de Mounjaro au prix exorbitant. Quel est le recul sur Mounjaro ?
Les études se portent sur la chirurgie car c’est le traitement de référence de cette maladie. Nous n’avons pas assez de connaissances sur la greffe fécale. En cas d’arrêt du Mounjaro, en effet, une reprise de poids est probable.
Chiffres clés
- 48,8 % de la population française est en surpoids ou en obésité en France (selon une étude de la Ligue nationale contre l’obésité, publiée en juin 2024)
- 18 % des adultes, soit environ dix millions de Françaises et de Français, sont dans une situation d'obésité
- Un enfant sur cinq est en surcharge pondérale, soit 1,7 million des moins de 15 ans