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La perversion ordinaire - Jean-Pierre Lebrun

Publié le 25 février 2009 Mis à jour le 11 juillet 2011

Des changements majeurs, accélérés par divers progrès techniques, ont mis à l'épreuve tous les repères jusqu'ici les plus stables dans la vie en société: le mariage, la procréation, les rapports entre les générations, la différence des sexes, l'éducation, l'autorité dans la famille, à l'école et dans toute la vie collective, le passage à l'âge adulte, etc... L'équilibre psychique des individus-leur subjectivité- s'en retrouve modifié d'une manière inédite dans l'histoire de l'humanité.

C'est une réelle mutation de lien social qu'on assiste.
Parmi les conséquences majeures de ce phénomène, on peut notamment repérer la prévalence accordée à la jouissance par rapport au désir, le rejet de la nécessité de se confronter à la dimension de la perte, le refus du recours au tiers au profit des simples situations duelles, l'illusion d'une nouvelle autonomie subjective et même une tentative, en fin de compte, de vivre ensemble sans autrui. On peut voir là à l'œuvre un fonctionnement psychique fondé sur un mécanisme - le déni-  que Freud considérait central dans la perversion.

Sommes-nous donc tous en train de devenir pervers ?

Certainement pas si l'on veut parler du renversement du rapport à la loi que l'on constate chez Sade ou Sacher-Masoch. Mais les évolutions en cours nous invitent à adopter des comportements qui relèvent de ce qu'on pourrait appeler  une «perversion ordinaire» , propre à notre époque, qui vient se substituer en partie à la «névrose ordinaire» d'hier.

Editions Denoël