Cancers digestifs : trois nouveaux essais cliniques au CHU de Nantes transforment la prise en charge grâce à l’imagerie

Publié le 9 février 2026 Mis à jour le 9 février 2026
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le 4 février 2026

Mieux voir, mieux comprendre, mieux traiter. Tel est l’objectif du programme de recherche hospitalo-universitaire (RHU) OPERANDI, porté par l’AP-HP, qui place l’imagerie au coeur de la lutte contre certains cancers digestifs. Le CHU de Nantes y coordonne trois essais cliniques qui mettent l’imagerie au coeur de la prise en charge des cancers digestifs. 

Chaque année en France, le carcinome hépatocellulaire (cancer du foie) touche 12 000 personnes et provoque près de 8 000 décès. Le pronostic reste sombre : en cas de maladie avancée, la médiane de survie ne dépasse pas deux ans. Quant aux tumeurs neuro-endocrines gastro-entéro- pancréatiques (tumeurs du tube digestif ou du pancréas, issues de cellules capables de produire des hormones), elles sont plus rares mais leur incidence augmente.
 

Des cancers difficiles à détecter

Souvent détectées tardivement, ces maladies présentent une grande hétérogénéité : certaines évoluent lentement, d’autres très rapidement. Une détection précoce et une évaluation précise sont donc essentielles. Si le scanner et l’IRM restent les outils de référence, ils ont leurs limites pour identifier les lésions précoces, distinguer une récidive d’un tissu cicatriciel ou prédire la réponse aux traitements.
« Dans ces cancers, la question n’est pas seulement de voir une lésion, mais de comprendre ce qu’elle traduit biologiquement », souligne le Pr Yann Touchefeu, hépato-gastro-entérologueau CHU de Nantes.


Voir au-delà de la tumeur

La TEP/TDM (Tomographie par émission de positons1 couplée au scanner) apporte une nouvelle dimension : elle permet non seulement de localiser la tumeur, mais aussi de mieux comprendre son comportement et ses caractéristiques biologiques. Grâce au traceur injecté, la TEP montre l’activité des cellules, tandis que le scanner fournit des images précises de l’anatomie.
« En suivant le comportement du traceur dans le temps, on accède à des informations complémentaires qui peuvent aider à mieux comprendre l’agressivité d’une tumeur et à orienter la prise en charge », explique le Dr Thomas Carlier, physicien médical au CHU de Nantes.


Trois essais pour innover

Cette évolution de l’imagerie se concrétise au CHU de Nantes à travers trois essais cliniques pour proposer aux patients les traitements les plus adaptés à leur cancer : Elmira, Himiko et Elegance dans le cadre du RHU OPERANDI :
Elmira teste la réalisation de deux TEP/TDM avec deux traceurs différents en une seule séance, simplifiant le parcours patient et améliorant le confort.
« C’est un véritable défi méthodologique, car quand on injecte deux traceurs radioactifs simultanément, leurs signaux respectifs ne peuvent plus être isolés simplement. Nous utilisons des formules mathématiques avancées pour les distinguer, comme si on cherchait à identifier des voix d’enfants qui crieraient dans la même cour. »  Dr Thomas Carlier, physicien médical au CHU de Nantes
Himiko utilise l’imagerie dynamique multiparamétrique2 pour mieux caractériser les lésions et préciser le diagnostic. « Nous combinons deux approches : l’innovation radiopharmaceutique avec un nouveau traceur et l’innovation technologique avec la TEP paramétrique. » Pr Clément Bailly, médecin nucléaire au CHU de Nantes
Elegance évalue un traceur innovant, produit par l’entreprise pharmaceutique Telix, capable de cibler l’hypoxie3 tumorale, une piste prometteuse pour la médecine personnalisée.
 

De l’imagerie au traitement ciblé

Au-delà de ces études, ces traceurs spécifiques font émerger de nouvelles perspectives thérapeutiques. Dans les tumeurs neuro-endocrines gastro-entéro-pancréatiques, la radiothérapie interne vectorisée, qui consiste à attacher au traceur un peptide (molécule) radioactif pour détruire directement les cellules cancéreuses, est déjà une réalité. « Si nous arrivons à développer des traceurs spécifiques pour le carcinome hépatocellulaire, nous ouvrirons la voie à des traitements ciblés », projette le Pr Yann Touchefeu.



1 : Examen qui permet d’obtenir des images précises du corps en trois dimensions sur un écran d’ordinateur. Une tomographie par émission
de positons ou TEP est une scintigraphie effectuée après avoir injecté dans une veine un traceur faiblement radioactif : le fluorodéoxyglucose
2 : Analyse de plusieurs paramètres extraits des images
3 : Diminution de l’apport en oxygène dans un tissu
4 : Intégré au plan France 2030, référence ANR-21-RHUS-0012
5 : Assistance Publique – Hôpitaux de Paris
6 : Accélérateur pour la recherche en radiochimie et oncologie à Nantes Atlantique