label patrimoine du XXe siècle

Publié le 13 avril 2011 Mis à jour le 16 décembre 2015
À l'initiative du ministre de la Culture François Barré, la direction régionale des Affaires culturelles (Drac) attribue depuis 1999 le label patrimoine du XXe siècle; celui-ci permet d'attirer l'attention des propriétaires et des citoyens sur des bâtiments caractéristiques du XXe siècle.

Pour attribuer ce label, la Drac définit six critères d'évaluation:
  1. évaluation technique et apports du point de vue de l'histoire des techniques;
  2. évaluation du point de vue des évolutions politiques, économiques et sociales;
  3. évaluation culturelle et esthétique;
  4. valeur historique et de référence;
  5. évaluation au regard de la production de l'architecte, cabinet d'architecture, ou/et du concepteur;
  6. évaluation de la représentativité et état comparatif.

l'hôtel-Dieu en 1967

En 2009, l'ensemble des bâtiments de l'hôtel-Dieu construit par Roux-Spitz (bloc en croix et chapelle) a reçu le label patrimoine XXe, en raison de la validation des critères 2, 3, 4, et 5.

Critère 2: l'hôtel-Dieu de Roux-Spitz rend compte de l'évolution politique, économique et sociale du XXe siècle.
Dans la première moitié du XXe siècle, les victoires contre la contagion hospitalière remettent en cause le principe de l'isolement et de la limitation des étages. La découverte des antibiotiques a progressivement raison des hôpitaux villas. L'intégration de la dimension économique de la santé dans la construction des hôpitaux engendre un nouveau modèle, conçu aux États-Unis, dans lequel la rationalisation des fonctions et des coûts s'exprime par la verticalité. L'hôpital monobloc remplace l' hôpital pavillonnaire.
Cet acte de naissance ce manifeste dans le nouvel hôpital Beaujon, conçu par Jean Walter en 1932 et ouvert à Clichy en 1935, les circulations convergent vers un unique pôle vertical. Les pavillons se superposent pour donner naissance aux niveaux. La réforme hospitalo-universitaire de 1958, en faisant de l'hôpital un lieu de soins, de recherche et d'enseignement, conforte cette architecture hospitalières qui impose une image toute puissante de la médecine. C'est l'ère des bâtiments très fortement technologiques, comme l'hôpital Henri-Monfort à Créteil (1969). Au cours des années 1970, même si le principe de la verticalité demeure, les blocs commencent à se juxtaposer, positionnés sur une base de plus en plus large dédiée au plateau technique, symbole d'un hôpital toujours plus performant.

la chapelle de l'hôtel-DieuCritère 3: la chapelle de l'hôtel-Dieu a une valeur culturelle et esthétique, avec les bas-reliefs de Delamarre.

Critère 4: l'ensemble des bâtiments de l'hôtel-Dieu de Roux-Spitz a une valeur historique et de référence.
De toute les attaques que la ville a subi, celles de septembre 1943 constitueront un véritable traumatisme et deviendront la date symbole de l'ensemble des bombardements. Principal hôpital de Nantes depuis son inauguration le 15 décembre 1863, l'hôtel-Dieu fut presque entièrement détruit lors du bombardement du 16 septembre 1943. Outre les importantes pertes humaines, 60 % des bâtiments sont inutilisables et irréparables, quant au matériel sanitaire, il est en grande partie enseveli sous les décombres.
Dans le contexte de la reconstruction d'après guerre et d'extension des villes, l'architecture hospitalière a vu à son tour le triomphe des théories modernes, l'apogée du fonctionnalisme, le mouvement général de table rase et l'industrialisation massive de la construction.

Critère 5: l'hôtel-Dieu de Nantes est un témoignage au regard de la production de l'architecte Michel Roux-Spitz (1888-1957), il occupe une place centrale dans le débat architecturale français entre 1925 et 1950. Partisan et artisan d'une modernité qui ne renie ni les leçons de l'histoire, ni la mutation des techniques constructives, il se propose en héraut d'une architecture spécifiquement française, héritière du rationalisme tout autant que du classicisme.

Le 29 mars 1945, il est nommé architecte en chef de la reconstruction du canton de Nantes. Son plan de reconstruction est définitivement approuvé en 1947. En 1949, assisté de Pierre Joëssel, J. Postel-Vinay et Yves Liberge, Michel Roux-Spitz mène un long et précis travail de programmation qui lui vaudra d'être reconnu comme un spécialiste de l'architecture hospitalière. Cette étude poussée de la modernisation des fonctionnements hospitaliers dans les années 50 lui valent l'adhésion de l'ensemble des chefs de Services.

La reconstruction de l'hôtel-Dieu de Nantes
L'édifice est construit à l'emplacement de l'ancien hôtel-Dieu, inauguré en 1863 et détruit par les bombardements de 1943.
Le projet de Roux-Spitz était prévu pour permettre un futur agrandissement par le renforcement des fondations et de l'ossature supportant l'extension des ailes latérales ainsi qu'une surélévation de certaines parties. Soumis à l'enquête publique entre le 27 mars et le 8 avril 1950, le projet fut largement critiqué par les défenseurs d'une construction sur le site du Bignon (contre une reconstruction in situ, un bâtiment en hauteur au détriment d'une solution pavillonnaire considérée comme plus sécurisante et enfin dénonciation du contraste entre "l'énorme façade plate du futur hôtel-Dieu" et les façades XVIIIe siècle de Feydeau).
Malgré les critiques, la reconstruction sur place du nouveau CHR (qui avait la faveur du corps médical) démarra finalement en avril 1951.

Le projet de construction est voté par le conseil municipal le 4 mai 1949 pour un coût de 5 milliards, dont 500 millions à la charge de la ville.

Le 21 juillet 1949, le conseil diminue d'un milliard 500 millions le coût prévisionnel en diminuant de 341 le nombre de lits prévus et en supprimant l'école d'infirmières.

Le projet adopté par le conseil municipal le 20 septembre 1949 prévoyait 771 lits pouvant être portés à 968, et, au pavillon de la mère et de l'enfant, 120 lits extensibles à 287.

Les travaux débutent en avril 1951. Les semelles reliant les 200 pieux descendant à 27 mètre ont été coulés en janvier 1952 et, en février 1952, les bâtiments des services généraux étaient sortis de terre.

Ayant pris du retard avec le décès de Roux-Spitz le 14 juillet 1957, l'hôtel-Dieu est livré en 1964.

Description de l'oeuvre de Roux-Spitz, architecte en chef de la reconstruction du canton de Nantes :

Il s'agit d'un projet de bâtiments nouveau selon un plan en croix comprenant des ailes autour d'un corps centrale assurant une circulation verticale.
Il présente:
  • une superposition des services ordonnés horizontalement dans des ailes d'hospitalisation;
  • une aile dédiée aux consultations et aux blocs chirurgicaux;
  • une aile de laboratoire.
À ce bloc central recevant 772 lits, venaient s'adjoindre des services annexes comme le service mère-enfant.
L'architecte  renonce à la structure de béton armé, qu'il préfère, au profit d'une plus légère structure métallique, adaptée à la nature du terrain. La peau de pierre initialement prévue est cependant remplacée pour des raisons budgétaires, par un enrobage de béton enduit. L'écriture architecturale est simple, presque modeste : les façades lisses aux longs bandeaux de fenêtres sont animés par les verticales des baies des cages d'escalier, par des alignements de minuscules occuli, et par un jeux de saillies et de retraits.
 
À côté de cet ensemble, Roux-Spitz fait le choix de construire une chapelle ouvrant sur la rue. Sa façade symétrique est encadrée de deux claustras de béton. Autour d'une croix, un ensemble de douze bas reliefs en pierre, signé R. Delamarre 1963, présente, sous des anges tenant les instruments de la passion du Christ, différents visages de souffrances humaines, et leur soulagement par les mains tendues de la médecine du corps et des âmes.


Avec la collaboration de la DRAC Pays de la Loire