Publié le 18 octobre 2012

Les premières descriptions des schizophrénies ne datent que du début du XIXe siècle. En effet, il n'existe aucune description scientifique, ou dans la littérature générale, évoquant un cas de schizophrénie avant cette période. En 1806, John Haslam, pharmacien à Bedlam en Grande Bretagne décrit dans son livre Illustrations of Madness toute la vie de James Tilly Matthews. Ce marchand de thé présentait une symptomatologie délirante autour d'un complot de prise de contrôle des esprits par un gang utilisant un métier à tisser pulsant de l'air (air loom). Ce cas est considéré comme la première description de schizophrénie.

Un an avant, en 1809, Philippe Pinel dans son Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la manie décrit des cas d'hallucinations et de délires, dont un chez un enfant de 13 ans. Bien plus tard, en 1857, Morel décrit des sujets jeunes, intelligents et évoluant brutalement vers la stupidité, puis la démence.
En 1863, Kahlbaum décrit une affection que son élève Hecker nommera, en 1871, l'"hébéphrénie". Il s'agit alors d'un processus morbide qui survient à la puberté et qui aboutit assez rapidement à la démence.

Kahlbaum, pour sa part, introduit en 1890 le terme d'"héboïdophrénie" pour désigner une forme mineure et de meilleur pronostic, séparé de la catatonie, décrite en 1874.

Enfin, entre 1887 et 1898, Eugène Kraepelin distingue la folie maniaco-dépressive, connue depuis l'antiquité, et la dementia praecox. Dès son 7e traité de psychiatrie (1904), il regroupait sous le terme de dementia praecox, l'ancienne Catatonie de Kahlbaum, l'hébéphrénie de Hecker et la démence paranoïde. Fortement influencé par les travaux de Morel autour de la théorie de la dégénérescence, il percevait la dementia praecox comme une maladie dégénérative. Cette vision a persisté à l'adoption dans son 8ème traité (1913) du terme schizophrénie apporté par Bleuler (1911).

Pour Bleuler, la schizophrénie est une maladie marquée en premier lieu (symptômes primaires) par la dissociation, traduite par les quatre A : ambivalence, relâchement des associations, discordance affective et autisme. Délires et hallucinations, de même que catatonie, étant perçus comme une symptomatologie secondaire, psychogène, une «réaction de l'âme malade au processus psychogène de base». L'autisme, remarquons-le, était défini comme une tendance à préférer le fantasme à la réalité. Son caractère primaire dans la symptomatologie sera repris par Minkowski (1923) pour qui l'autisme est le «noyau phénoménal subtil» de la schizophrénie. Bleuler envisageait l'évolution d'un sujet vers la schizophrénie comme non obligatoire, il pensait que l'on n'était pas nécessairement schizophrène depuis la naissance. Tant sur l'évolution (obligatoire) que sur la sémiologie, Kraepelin était en divergence profonde avec Bleuler.

Le concept de psychose unifiée liera durablement les délires, les hallucinations (la psychose) et les schizophrénies. On le retrouve dans les critères de 1er rang de Kurt Schneider (1957), où la perception délirante joue un rôle central1, et plus encore dans le DSM et la CIM issue (à partir de 1980) des mouvements néo-kraepelinien et de l'avènement de la psychométrie associé à l'athéorisme comme modèle épistémologique. Bien entendu, l'incorporation prédominante de la psychose dans les critères de schizophrénie se retrouve dans la schizophrénie à début précoce comme nous allons le voir. Les liens historiques et cliniques avec les troubles envahissants du développement (TED) seront abordés dans le chapitre sur les antécédents développementaux.