Publié le 18 mars 2011 Mis à jour le 21 avril 2011

Ange Guépin, humaniste et premier ophtalmologiste de Nantes.

La personnalité du Dr Ange Guépin, premier ophtalmologiste de Nantes, est exceptionnelle par bien des aspects. Honoré durant sa vie, non seulement par les malades qu'il avait guéris, mais aussi par les habitants de toute une cité, dont il avait étudié l'histoire et à qui il proposait ses propres conceptions philosophiques...

Né à Pontivy (Morbian) le 30 août 1805, il se présente à dix-neuf ans aux examens de l'École polytechnique. Ses épreuves sont remarquables mais les opinions politiques de son père, député pendant les Cents-Jours, le font rayer de la liste des candidats. Cette exclusion permet au jeune Guépin d'embrasser la carrière médicale, plus conforme à la nature de son esprit et à la générosité de son tempérament.

Préparateur à Paris du célèbre Orfila, il devient son ami et fait la connaissance de nombreux hommes illustres dans le domaine des sciences, des lettres et de la politique. Premier prix de chimie au concours de la faculté de médecine en 1828, il aurait pu faire une carrière parisienne mais, fidèle à son pays natal, il accepte de s'établir à Nantes à la demande du maire, Louis Levesque. Il devient rapidement professeur de chimie à l'école de médecine en 1830, et en 1832 chirurgien suppléant des hospices.

Très vite il a conscience de la nécessité de la spécialisation en médecine, ce qui, dans la France de cette époque, n'était pas de mise. Sa réputation augmente d'année en année et, dans une étude historique qu'il rédige sur l'ophtalmologie française au XIXe siècle, il fait état du nombre croissant d'interventions qu'il réalise. Il est le fondateur, en 1841, du premier dispensaire pour les maladies oculaires. Courtois et bienveillant envers ses confrères, il allie à un remarquable talent de clinicien et d'opérateur une très grande modestie dans l'appréciation de ses travaux. Il a sur ses malades un ascendant extraordinaire, fait d'un abord brusque, tempéré par un regard trahissant la bonté qui anime tout son être.

 Le Dr Guépin, en 1832, prend le premier l'initiative d'un congrès scientifique à Nantes et est, à ce titre le créateur de la réunion de l'Ouest. Il fait part, dans le numéro 3 des Annalesd'oculistique, de cette antériorité sur Lyon que lui dispute le Pr Prétrequin. Depuis leur fondation, il est l'un des collaborateurs assidus des Annales d'oculistique. Sa proposition de créer une section ophtalmologique au congrès scientifique de Strasbourg est approuvée par tous ces collègues.

Sans retracer dans le détail cette période extrêmement brillante de sa vie, signalons cependant que sa prodigieuse activité ne se limite pas au domaine ophtalmologique. Il écrit une remarquable histoire de Nantes en 1836 et sa Philosophie du socialisme est imprimée en 1850. En 1854 paraît La Philosophie du XIXe siècle. Commissaire de la République dans la Loire-inférieure en 1848, conseiller général de la Loire en 1864, il est nommé préfet en 1870.

Il meurt en 1873, à l'âge de soixante-huit ans, d'une hémorragie cérébrale. Une foule considérable accompagne le Dr Guépin à sa dernière demeure. La ville de Nantes a fermé ses magasins en signe de deuil. Des discours sont prononcés par Waldeck-Rousseau père, maire de Nantes, Laissant, conseiller général et Legendre, au nom des ouvriers. Une souscription est ouverte pour élever une statue à Nantes, inaugurée en 1833 place Delorme.

Son œuvre ophtalmologique se résume à la diffusion des techniques récentes. Dans le domaine chirurgical, la cataracte, la pupille artificielle et les voies lacrymales suscitèrent plusieurs de ses publications. Grand ami de Cunier, il est l'un des premiers à s'intéresser au strabisme par toute une série de communications sur les diplopies et sur la strabotomie. Il ne fait pas de grandes découvertes mais son œuvre est importante : il crée à Nantes et dans sa région les bases d'une spécialité jeune et hésitante.

Par ailleurs, cet homme assimile avec facilité les sujets les plus divers. Historien, il allie agréablement le charme du conteur et l'impartialité du juge. Philosophe, il séduit par ses larges conceptions et ses généreuses inspirations.

Sévère pour lui-même autant que bienveillant pour les autres, il se dévoue pour les malheureux auxquels il applique sa devise : "Aux plus déshérités, le plus d'amour".